Si la lutte contre le réchauffement et le changement climatique sont entrés dans les mœurs, le combat pour la biodiversité émerge tout juste dans les consciences. Pourtant, le vivant sur terre comme en mer est l’unique planche de salut pour l’Homme et une opportunité économique à saisir pour nos entreprises.

 

Les générations futures exigent de nos politiques et des entreprises davantage de responsabilité et d’actions pour la préservation de leur planète. Fini, les discours et les promesses, elles attendent des preuves concrètes de l’engagement des décideurs de ce monde, à l’image de l’adolescente suédoise Greta Thunberg, égérie du combat des générations futures pour le climat. Et pour cause. L’homme est au cœur du vivant, son existence dépend des écosystèmes naturels et à force d’industrialisation, son avenir est désormais compromis. Mais pas seulement le sien. Le dérèglement climatique auquel il participe au travers de ses activités est l’un des facteurs responsables de l’effondrement de la biodiversité terrestre et marine. Dans un monde à + 4°C – notre trajectoire actuelle – une espèce sur 4 seraient menacées d’extinction.

 

6eme extinction de masse en cours

La Terre a déjà connu 5 extinctions de masse des espèces. La plus ancienne connue remonte à 445 millions d’années, mais la crise la plus célèbre date d’il y a 65 millions d’années, fin de règne des dinosaures.

 

Alors que la nature a mis 500 millions d’années à se construire et génétiquement s’adapter, la 6eme extinction de masse pourrait être due à l’activité humaine.

 

Selon un rapport de 1800 pages de l’ONU (IPBES), 150 experts issus de 50 pays ont évalué que 60% des écosystèmes mondiaux sont dégradés. 75 % de l’environnement terrestre et 40 % de l’environnement marin présentent ainsi des signes importants de dégradation. Les vertébrés comme les invertébrés sont touchés par le changement de climat et la perte d’habitat qui, indéniablement, remettent en cause près de 8 millions espèces dont 1 million disparaîtrait dans les prochaines années. En ligne de mire, les grands animaux que l’on a connus en liberté : 13 espèces, parmi elles, le lion, l’ours polaire, l’éléphant ou le rhinocéros sont aujourd’hui menacées d’extinction. Concernant les insectes, 10 % des espèces sont en voie de disparition, notamment les abeilles.

 

Agro-écologie : les ressources coupables ?

Un autre contributeur à la chute brutale de la biodiversité est l’agriculture. La production agricole représente un tiers des surfaces émergées et plus de 55 % de la zone océanique est couverte par la pêche industrielle (bientôt, on ne pêchera plus de poissons sauvages dans les océans !). Progressant au rythme de la croissance démographique – on annonce 11,4 milliards d’habitants d’ici à 2100 – notre consommation s’est accrue et le régime alimentaire occidental carné s’est imposé dans le monde. Il est la première cause de la perte de biodiversité, mobilisant un tiers des cultures via les céréales pour l’alimentation des animaux et au total les trois quarts de l’usage agricole du sol.

 

Consommer autrement, donc produire autrement, est un mantra qui commence à prendre racine dans la tête des industriels.

 

Le défi est immense pour les acteurs de l’industrie agro-alimentaire. Il s’agit de restaurer le contrat de confiance avec les consommateurs en affichant plus de transparence et en  supprimant les additifs. Adopter, par ailleurs, des modèles agricoles durables, c’est éviter le gaspillage tout en protégeant les écosystèmes et limiter la surexploitation des ressources naturelles.

 

Si les entreprises ont, évidemment, un rôle à jouer sur le sujet, les consommateurs portent aussi la responsabilité de choisir des produits moins impactant pour la planète et de favoriser les marques qui accompagnent le développement de l’agro-écologie. Mieux informés par des applications innovantes comme Yuca ou le Nutriscore, ils ont le pouvoir de changer les choses avec leur portefeuille.  Le succès des « marques de producteurs » dans la grande distribution témoigne de cette prise de conscience, tout comme l’essor du bio (+ 23% de ventes, pour un chiffre d’affaires de 8 milliards d’euros) et les circuits courts. La cohabitation des écosystèmes ne se fera qu’au prix d’une conversion radicale vers une agriculture durable et des solutions régénératrices des ressources naturelles (reforestation, restauration des sols, biodynamie, permaculture, etc.). En travaillant, main dans la main, avec les producteurs, sur des prix plus justes et des partenariats à long terme. L’entreprise Monts & Terroirs est exemplaire dans sa filière pour sa juste répartition de la création de valeur de l’amont à l’aval, du producteur de lait au producteur de Comté. Une démarche qui s’étend à la ville. De plus en plus d’entreprises s’engagent dans des solutions agricoles alternatives, tant pour produire localement -légumes en aquaponie, champignons dans les parking- que pour protéger des espèces. Ainsi, l’apiculture urbaine, en installant des ruches sur les toits de Paris, transforme la ville en Arche de Noé.

 

La biodiversité, une opportunité économique

Toutefois, alors que la lutte contre réchauffement climatique est entrée dans les mœurs, il n’en est pas encore de même pour la biodiversité. Or, relier l’environnement à l’entreprise est une partie de la solution. Avec le biomimétisme, l’homme s’inspire de la nature pour copier les propriétés et fonctions du vivant. En effet, plutôt que de développer une coûteuse R&D, consommatrice de ressources et d’énergie, regardons plutôt la nature : l’aérodynamisme du martin-pêcheur au Shinkansen, TGV japonais, les inspirations sont gratuites et à disposition partout, pour qui sait les observer.

 

Planche de salut pour l’humanité, le biomimétisme nous apprend que le vivant est une opportunité économique à saisir, une R&D gratuite améliorée en continue depuis des millions d’années.

 

Pour citer Lavoisier, dans la nature « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ».

D’autant que les entreprises disposent aujourd’hui d’instruments pour mesurer leur empreinte socio économique et environnementale.  Demain, l’enjeu sera d’évaluer l’impact de nos activités sur la biodiversité. La start-up FinTech abCSR, propose une approche innovante en la matière via le big data. La notation abCSR permet à l’entreprise de mesurer sa performance RSE à partir de ses propres données comptables, d’évaluer sa contribution sociétale et de redonner un sens à l’impôt et aux taxes. L’objectif, à terme, est de prendre conscience pour mieux passer à l’action, de mesurer pour progresser. Cette démarche s’inscrit dans la perspective d’une COP15 dédiée à la biodiversité, à Pékin en 2020. Gageons qu’un accord ambitieux sur la biodiversité, semblable à celui de l’Accord de Paris sur le climat, y soit tenu. Car nous sommes tous engagés pour un même combat : celui de la survie de l’espèce humaine.

 

Article publié originalement sur LinkedIn le 03 juin 2019. Auteur : Marc Jacouton.