Un rapport sénatorial alerte sur le fait que la France n’est pas suffisamment préparée aux impacts du changement climatique qui vont être décuplés d’ici la moitié du siècle. Si les politiques se focalisent essentiellement sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, pour éviter l’ingérable, les auteurs appellent à ne pas laisser de côté les stratégies d’adaptation, afin de pouvoir aussi gérer l’inévitable.

 

« Nous savons déjà que nous serons à +2°C en 2050 », prévient le sénateur écologiste Ronan Dantec, co-auteur avec Jean-Yves Roux (PS) d’un rapport sénatorial inédit sur les politiques d’adaptation au changement climatique en France (1). « Qu’on réduise fortement les émissions globales du gaz à effet de serre ou que celles-ci se poursuivent au rythme actuel, il faudra faire face à une aggravation significative des divers impacts du réchauffement déjà observables. » Et la France n’y est pas prête, alertent les deux sénateurs.

 

Augmentation des températures moyennes, vagues de chaleur plus longues et intenses, fonte des glaciers, raréfaction de l’eau, aggravation de la submersion côtière, hausse des risques d’incendies et des épisodes de sécheresse, problèmes sanitaires accrus, rendements agricoles en berne, tourisme menacé, voici la liste non-exhaustive de ce qui nous attend d’ici 2050.

 

Atténuation et adaptation doivent aller de pair

Pour faire face à ces chocs climatiques inévitables, les auteurs préconisent d' »inscrire plus activement l’adaptation au changement climatique dans le débat public » alors que celui-ci porte essentiellement sur l’atténuation, c’est-à-dire sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Or, les deux stratégies, « éviter l’ingérable » et « gérer l’inévitable », devraient aller de pair.

 

« Opposer ces deux politiques n’a plus de sens. L’adaptation est devenue incontournable. La canicule de 2003, la tempête Xynthia, le cyclone Irma de 2017, la succession des sécheresses agricoles, notamment celle de 2018 : tous ces événements ont accéléré la maturation des esprits sur la nécessité de s’adapter », expliquent les auteurs.

 

Transformation du secteur agricole

 

En France, les politiques d’adaptation ont déjà une quinzaine d’années mais leur déclinaison économique et territoriale reste insuffisante. Les sénateurs recommandent donc d' »instaurer un pilotage plus interministériel des politiques d’adaptation », de confier au Parlement l’examen d’une loi-cadre sur ce sujet, assortie d’un « large débat sociétal », d’estimer les « besoins financiers nécessaires » et d' »accélérer la déclinaison des politiques d’adaptation dans les collectivités et les filières économiques ».

 

Les auteurs insistent également sur l’indispensable « transformation du secteur agricole », en première ligne face à la hausse des températures et à la raréfaction de l’eau. Ils prônent « une mutation vers l’agroécologie », qui renforce la capacité des sols à stocker et à restituer l’eau aux plantes, mais aussi la recherche de variétés culturales plus résistantes à la sécheresse. Ce secteur doit se préparer à « une recomposition de la carte de France des cultures ».

 

Le ministre de la transition écologique et solidaire, François de Rugy, a annoncé que 3,5 milliards d’euros seront alloués sur cinq ans au deuxième plan national d’adaptation, alors que le précédent n’avait bénéficié que de 17 millions d’euros. « L’adaptation pourrait devenir un accélérateur des politiques d’atténuation, car une partie des solutions d’adaptation contribue à la réduction des émissions, comme la rénovation thermique ou l’agroécologie » insistent les sénateurs.

 

Article publié originalement sur novethic.fr le 11 juin 2019. Auteur : Concepcion Alvarez.