Face aux enjeux de l’urbanisation grandissante et de la dépollution, les initiatives pour réintégrer la nature au sein de vos villes se multiplient. Elles préfigurent d’un monde nouveau : celui d’une ville durable accueillant l’homme, le végétal et l’animal dans un écosystème harmonieux.

Nos villes deviennent anxiogènes. Ces pôles d’activité économique foisonnants qui grandissent un peu plus chaque jour – nous étions 54% d’urbains dans le monde en 2014, nous serons 66% en 2050, selon l’ONU- sont à l’épreuve de la densité urbaine et de la pollution. Transports, énergie, habitat, construction : la nature s’éloigne à mesure que la ville s’étale… Mais plus pour longtemps.

 

« Dans ce climat d’hyper-urbanisation, nous aspirons à une naturalité perdue, à la recherche des jardins suspendus de Babylone »

 

Mieux : à une ville qui saurait se réinventer pour se rendre utile. Planter des arbres sur le toit des immeubles, tapisser les murs de plantes dépolluantes, multiplier les ilots de verdure pour favoriser la biodiversité : telles sont les directions empruntées par les architectes et les urbanistes du nouveau monde. Leur ambition ? Transformer l’espace urbain en un lieu de bien-être pour ceux qui y vivent et y travaillent. La ville de demain se fera l’écrin de l’agriculture urbaine sous toutes ses formes (bâtiments de production, jardins partagés au sol ou sur les toits, fermes urbaines…) verticale et décloisonnée, où les animaux, aussi, auront leur place.

 

« Les abeilles, notamment : des ruches fleurissent sur les « rooftops » des bâtiments d’entreprise »

 

L’absence des produits phytosanitaires en ville et la diversité de nourriture (tilleuls, châtaigniers, arbres fruitiers, plantes mélifères…) profitant désormais davantage aux insectes polinisateurs que l’environnement rural.

 

Ville durable et dépolluée

Pour que la ville de demain fasse office d’Arche de Noé, la priorité est de dépolluer. Des initiatives ont écloses dans ce sens et les constructions récentes intègrent cette logique à travers des puits de lumières, une circulation de l’air facilité et l’usage renforcé de végétaux (parmi eux, les géranium, liseron, millepertuis, herbe aux écus, etc.) pour dépolluer l’atmosphère. Oxyde d’azote, particules fines et autres composés organiques volatils (COV) sont ainsi absorbés par les micro-organismes produits par l’écosystème racinaire des plantes. En clair, le végétal consomme les gaz et rend sa pureté à l’air que nous respirons. On pense également au travail inspirant du designer Mathieu Lehanneur qui, il y a quelques années, a réalisé des concepts innovants d’objets dépolluants : Andrea – un filtre vivant aux allures de plante verte qui capture les composants toxiques de l’air, ou encore, l’impressionnant Local River – hybridation entre un aquarium et plantes aromatiques qui filtrent l’eau après s’être nourri des déjections de poissons. Autant de perspectives de ré-introduction de la nature en ville, à échelle individuelle ou collective, au sein de l’espace privé comme de l’espace public. Ce changement de paysage va fondamentalement modifier nos habitudes de vie, de travail et nos modes de déplacements. Une ville durable est une ville plus accueillante et plus civique, où mobilité et qualité de vie riment avec écologie.

 

Le défi du collectif

Toutefois, ces mutations ne se feront pas sans obstacle ni contrainte. Construire un toit terrasse nécessite, par exemple, d’accueillir de la terre et des arbres, ce que ne permettent pas toujours nos bâtiments actuels. Il faudra encore attendre une vingtaine d’années avant que ne se redessinent les contours de la cité du futur. Des salades cultivées en aquaponie dans des fermes verticales, aux potagers urbains collectifs jusqu’aux champignonnières installées dans nos parkings, l’objectif est le même, à savoir, augmenter la rentabilité des cultures au mètre carré et être capable de nourrir autrement en circuit ultra court les habitants d’une ville. La science apporte une réponse à l’enjeu de la production et de la consommation locales mais c’est le collectif qui pérennisera cet écosystème. Une ville durable se bâtit sur une économie du partage où le projet urbain sert à ancrer le lien social. Il ne s’agit pas là de déterrer le mythe d’un retour à la nature prodigue et bienveillante, ni d’une grande transhumance vers les campagnes.

 

« L’utopie serait de croire que les populations quitteront les villes pour aller vivre de la terre. Bien au contraire, l’avenir de nos enfants se joue entre les murs de nos cités et réside dans notre capacité à y accueillir la nature »

 

Tailler une ville dans le vert et dans la pierre, où il fera bon vivre pour le règne animal et végétal sans, pour autant, s’y enfermer. Car la cité idéale doit aussi savoir s’ouvrir vers l’extérieur, offrir à l’Homme la possibilité de s’extraire de la ville pour se confronter à la nature sauvage de nos campagnes, de nos montagnes et de nos forêts. Et créer, ainsi, un dialogue harmonieux entre l’urbanisme et la ruralité.

 

Article publié originalement sur LinkedIn le 04 mai 2018.