LE CERCLE/GRAND DÉBAT – Face aux révoltes sociales, saisissons l’opportunité de la loi Pacte pour aller plus loin. Définissons ensemble un nouveau capitalisme, celui des parties prenantes.

2018 a pourtant été l’année d’un débat fructueux autour de l’utilité de l’entreprise. Le projet de loi PACTE relatif à la transformation de l’entreprise et les réflexions qu’il a suscitées marquent un vrai changement et nous permettent d’entrevoir l’émergence d’un nouveau capitalisme, celui des parties prenantes.

 

Le capitalisme n’est pas figé. Nous sommes passés d’un capitalisme patrimonial, fin du 19ème siècle, à un capitalisme managérial au milieu du 20ème siècle, puis au capitalisme actionnarial à partir des années 80. Partout, il y a débat sur la nature et la gouvernance des entreprises. En Amérique du Nord, le mouvement du leadership conscient, l’émergence de la « Purpose Economy » et le phénomène des « B-Corp » – qui se propage d’ailleurs dans toute l’Europe – témoignent de cette nécessité de basculer dans une économie de marché où le profit permet de créer de la valeur pour toutes les parties prenantes et plus seulement l’actionnaire. Partout, face aux écarts de richesse qui nourrissent le populisme, qui incitent à la révolte, et face aux réalités écologiques de plus en plus angoissantes, on réalise qu’il faut remettre la finance au service de l’entreprise et l’entreprise au service des hommes et de la cité.

 

La Raison d’être : une Révolution Tranquille

Le rapport Notat-Sénard a mis les projecteurs sur la Raison d’être des entreprises ; il les invite à définir  leur contribution fondamentale à la Société dans leurs statuts ; tranquillement, il demande aux acteurs-clés de l’entreprise, membres du Conseil d’administration et employés, et, pourquoi pas, clients et fournisseurs, de formuler son utilité sociale ;  on libère ainsi la réflexion stratégique qui se met au service d’une ambition positive, celle de contribuer à un monde meilleur.

Avec un engagement à long terme qui fait sens, porteur de valeurs humanistes, on devine aisément que la mobilisation pour transformer l’organisation sera beaucoup plus forte, d’autant que cette vision débouchera sur une performance désormais globale qui inclura les impacts sociaux et environnementaux, positifs ou négatifs.

Pour des Assises du « Capitalisme des parties prenantes »

 

Que faire à présent ? Profitons en 2019 du momentum créé par cette proposition qui fait consensus et de l’obligation de changement voulue par les citoyens. Que les dirigeants, éditorialistes, universitaires, think-tanks, représentants du patronat ou des syndicats… qui ont contribué à la réflexion  de la loi Pacte, se rassemblent pour finaliser le modèle de l’entreprise de demain. Des ébauches existent : l’entreprise « bien commun », l’entreprise « contributive », l’entreprise « progressiste » …

 

Rassemblons tout ceci en un seul modèle ; éclaircissons les aspects qui ne devaient pas ou qui n’ont pas été  pris en compte dans le projet de loi, notamment :

– La création de valeur pour chaque partie prenante
– Les modèles d’affaires à implanter, relevant  de l’économie de la fonctionnalité ou de l’économie circulaire
-L’élargissement des états financiers aux impacts économiques, sociaux et environnementaux pour déboucher sur un rapport intégré.
– L’ouverture effective (beaucoup plu significative dans l’actuel projet de loi pacte) des conseils d’administration aux employés et aux autres parties prenantes.
– Les types d’organisation souhaitables, « libérées » ou autres, etc

 

Les exemples d’entreprises performantes tant sur le plan économique que sociétal sont d’ores et déjà  nombreux, et ce, des deux côtés de l’Atlantique.

Mais il faut nommer ce nouveau modèle, l’écrire afin de le dupliquer et – condition impérative, l’enseigner. Il y a 13 000 business schools dans le monde qui n’ont, à toutes fins pratiques, que le modèle actionnarial, centré sur l’avidité – dénoncée par le président de la république – et  le « toujours plus », plus de croissance, plus de profit. C’est là qu’il faut faire aboutir ce modèle du capitalisme des parties prenantes, modèle équilibré, vivable, plus généreux, moins gourmand, moins destructeur.

 

André COUPET, Associé de Paris Montréal Conseil. Antoine LEMARCHAND, Président de Nature et Découvertes, première entreprise française certifiée B-Corp.

 

Article publié originalement sur Les Echos le 12 février 2019. Auteur : André Coupet.