Dernièrement, est paru un article se posant la question : « faut-il tuer la responsabilité sociétale des entreprises ? ».
Marc Jacouton, l’un des associés d’abCSR a souhaité apporter sa contribution à cette réflexion

 

Au final la RSE n’est pas condamnée !

 

Formidable outil de transformation et de dialogue, j’atteste que depuis plus de 10 ans celle-ci se réinvente tout les 6 mois, un sujet chassant l’autre sur l’agenda des priorités : équilibre nord-sud, économie circulaire, reporting, bonnes pratiques affaires/ éthique, aujourd’hui course à la transparence/ traçabilité…

 

On parle bien d’un sujet d’innovation et de management du changement  par les processus et l’expérimentation pour l’émergence d’un nouveau modèle plus contributif; aussi ce nouveau métier RSE sort tout juste de l’enfance, il tente/ invente avec ses imperfections d’aider l’entreprise à faire face à des défis sociétaux vertigineux (nouveaux modèles économiques, démographie, inégalités, climat, biodiversité…)

 

Les entreprises doivent prendre part à cette profonde transformation et au changement de paradigme, au risque de ne plus exister demain !

 

 

Vous trouverez ci-dessous la transcription de l’article :

 

PROCÈS DE LA RSE : FAUT-IL TUER LA RESPONSABILITÉ SOCIÉTALE DES ENTREPRISES ?

La Responsabilité sociétale des entreprises (RSE), est-elle coupable de ne pas en faire assez pour changer le monde ? Les politiques environnementales et sociales des entreprises, notamment des plus grandes, sont de plus en plus soupçonnées de greenwashing. Pour ses 20 ans, l’Observatoire de la RSE a pris les critiques au pied de la lettre et organisé le procès de la RSE dans un théâtre parisien.

 

Simple « supplément d’âme » pour entreprise en mal de réputation ? Voire « cache-misère » pour multinationales cyniques ? À quoi sert la RSE, la responsabilité sociétale des entreprises, cette démarche environnementale et sociale volontaire dont tous les grands groupes se targuent aujourd’hui, jusque dans les couloirs de Davos ? À quoi sert-elle alors que les scandales – du Rana Plaza à l’affaire Ghosn, en passant par le Dieselgate ou Cambridge Analytica n’épargnent pas même les meilleurs élèves des classements qui misent sur la performance extra-financière des grands groupes ?

 

Coupable de ne pas avoir déjà changé le monde

Ces critiques sont de plus en plus présentes. Il existe une forte défiance, notamment des jeunes, envers les politiques RSE des grands groupes. A l’occasion de ses 20 ans, l’Observatoire de la RSE (ORSE), l’une des plus anciennes associations du secteur regroupant entreprises, syndicats et financiers, a donc voulu les matérialiser sous la forme d’un procès le 21 janvier dernier. La forme choisie, celle du Tribunal des Générations futures mise au point par le magazine Usbek & Rica, est désormais rodée. Sur le banc des accusés : la RSE. En guise de témoins : les ONG, les syndicats et l’ESS (Économie sociale et solidaire).

 

Sur scène, la charge commence, virulente : à quoi sert la RSE « quand le rapport entre les plus hauts et bas salaires des sociétés du CAC40 est de 1 à 200 ? » À quoi sert la RSE « alors que Danone continue de vendre des bouteilles d’eau en plastique et à exporter l’eau des montagnes françaises au Mexique ou au Japon ? », interroge Swann Bommier, chargé de plaidoyer au CCFD-Terre Solidaire. Si les bonnes volontés existent, elles sont certes bonnes à prendre, mais insuffisantes à changer le monde, résume-t-il en appelant à plus de régulation face à la « joyeuse irresponsabilité » qui règne aujourd’hui dans le monde économique et social, selon les mots du Pape François.

 

La RSE, outil de transition et de transformation

« On peut reprocher à la RSE de ne pas être assez efficace mais pas d’être inutile car elle est un formidable outil de dialogue social », défend Frédérique Lellouche, secrétaire confédérale de la CFDT en charge de la RSE. « Ces politiques permettent de mieux respecter les droits humains et environnementaux, d’assurer le plein exercice des droits fondamentaux des travailleurs et des populations locales, de répondre à un besoin de sens, de transparence, mais aussi de performance ». Et même si parfois elle échoue, elle implique de « rendre des comptes », assure-t-elle.

« Sans la bonne volonté des entreprises engagées dans ces démarches, il n’y aurait pas eu la loi sur le devoir de vigilance ou la loi Pacte », abonde Hélène Valade, la présidente de l’ORSE et directrice du Développement durable de LVMH. Et sans l’apport de la RSE, « aurait-on vu les mobilisations et coopérations multi parties-prenantes pour pallier les reculades de certains États, comme l’initiative commune des entreprises, collectivités et investisseurs « We are Still In », après le retrait du gouvernement américain de l’Accord de Paris sur le climat ? »

 

Une RSE à réinventer

La « RSE alibi », celle « des fontaines à eau ou du reporting » a vécu. « Nous voulons une RSE qui fait bouger les lignes et qui ruissèle dans les métiers », plaide Basile Michardière, responsable de l’incubateur de MakeSense. Au final, la RSE n’est pas condamnée. Le juré – cinq personnes de l’assistance, essentiellement des membres de l’ORSE – s’est prononcé à l’unanimité : la RSE doit vivre.

 

Parce « qu’elle est trop jeune pour mourir » (70 ans de théorie et 30 ans de pratique). Parce qu’elle « doit encore infuser du bien commun jusqu’à ce qu’il soit dissous dans toutes les entreprises », estiment-ils encore. Ou parce qu’elle porte en elle « ceux qui sont capables de transformer le système » et qu’elle est « source de dialogue dans un monde d’opposition qui ne veut plus se parler », veulent-ils croire. Mais pour survivre, elle devra aussi « se remettre en cause, sortir de sa posture, se transformer, s’amplifier et accélérer la cadence ». Bref, « créer les conditions du changement ». L’Orse a son programme pour les 20 prochaines années.

 

 

Article publié originalement sur novethic.fr le 23 janvier 2020. Auteur : Béatrice Héraud.