« La maison brûle et nous regardons ailleurs (…) La Terre et l’humanité sont en péril, et nous en sommes tous responsables. » Ces phrases prononcées par le Président Jacques Chirac, au sommet de Johannesburg, comme un écho à la chanson australienne, Beds are burning, diagnostiquaient l’incapacité des États à agir face à la destruction de plus en plus inéluctable de la planète. Cette situation exige une prise de conscience forte des entreprises qui peuvent et doivent agir au travers de leur Responsabilité Sociétale même si celle-ci est faiblement contraignante.

Appuyées par de « nouvelles » technologies telles que le numérique ou l’Informatique Avancée (pour ne pas débattre ici de la notion de l’Intelligence supposée ou artificielle des ordinateurs), les entreprises ont la possibilité de prendre des mesures concrètes pour modifier la trajectoire de l’humanité, de changer la vie des salariés et par là même de leur famille afin de proposer un cadre de travail et de vie personnelle plus… humain.

 

L’intelligence d’agir maintenant

De la transformation d’un lac d’eau douce (le lac Peigneur) en lac salé en 1980 en raison d’une erreur de Texaco, à la mort de 3 tonnes de poissons dans la Seine en ce mois de juillet 2019 (suite à l’incendie de l’usine des eaux de Saint-Germain-en-Laye) en passant, par exemple, par le confinement de milliers d’habitants du sud après un accident dans une usine de pesticides (à Béziers en 2005), la responsabilité des entreprises dans les désastres écologiques est écrasante.

Progressivement, sous la contrainte de la législation ou des directives européennes, notamment autour de la RSE, face à la pression des associations et parfois de leur salariés, quelque fois spontanément, elles agissent.

Dans son Panorama de la Gouvernance 2018, EY souligne qu’en 2018, le sujet de la RSE était abordé dans 63% des Conseils du CAC 40, contre 49% en 2017, soit 14% de plus en à peine un an. Par ailleurs, depuis 2018, 50% des groupes français prennent en compte a minima un critère RSE dans la rémunération variable de ses dirigeants.

Ainsi, Sodexo, par exemple, a pour objectif de réduire de 34% les émissions de carbone de ses opérations et de sa chaîne d’approvisionnement en 10 ans environ. Depuis 2017, tous les bâtiments gérés par la filiale immobilière de La Poste (Poste Immo) sont approvisionnés à 100% en énergies renouvelables et le groupe s’est doté d’une des plus grandes flottes automobiles électriques mondiales.

La démarche des entreprises dans ce combat pour l’environnement est avant tout volontaire et doit s’inscrire dans une vision partagée par la direction et les salariés. Parmi les outils à leur disposition : le numérique et l’intelligence artificielle/informatique avancée. D’après une analyse de Microsoft et PWC (How AI can enable a sustainable future) d’ici 2030, l’intelligence artificielle sera utilisée au service de l’environnement pour permettre une croissance du PIB mondial de 4,4%, une hausse nette de l’emploi de 1% et réduire l’émission des gaz à effet de serre de 4%.

De manière concrète, les entreprises doivent donc s’interroger sur l’apport que peuvent avoir ces technologies, pas uniquement pour améliorer les marges ou la productivité mais aussi pour protéger l’environnement, et offrir une meilleure Qualité de Vie à ses salariés. L’axe environnemental et la prise en compte de l’humain étant souvent étroitement liés.

C’est dans cette optique que l’organisation anglaise The Forum for the Future a mis au point une approche par capitaux afin d’aider les entreprises à évaluer la réelle valeur de leurs décisions. L’idée est simple : pour être prospère et profitable, le simple retour financier n’est pas suffisant. Il doit être considéré au même titre que les impacts naturel, humain, social et manufacturé (ce dernier incluant, entre autres, les technologies utilisées et notamment l’IA) engendrés par chaque décision.

 

Aucune technologie n’est diabolique

Le monde de l’entreprise est un reflet de la société et de ses modes d’organisation. Pendant longtemps, le modèle de la révolution agricole puis industrielle s’est satisfait des organisations pyramidales. Les entreprises et les structures étatiques ne considéraient alors les citoyens et les employés que comme des « sujets » interchangeables et devant uniquement produire.

Si les grandes entreprises symboliques de l’ère industrielle étaient les constructeurs automobiles, ce sont aujourd’hui des entreprises du numérique, comme les GAFAM ou les BATX (GAFAM Asiatiques) – toutes productrices de concepts, de brevets, d’idées, d’applications mobiles – qui symbolisent l’époque. Là où l’industrie avait besoin de main d’œuvre, ces nouvelles entreprises ont besoin de « créateurs ». Les employés comptent alors pour ce qu’ils sont : leur identité, leur parcours, leur culture, bref leur pensée est le véritable capital de l’entreprise. Ce nouveau statut de l’individu est inséparable d’une nouvelle organisation opérationnelle des entreprises. Le fonctionnement en réseau, plus transparent, plus efficace remplace donc la pyramide. Cette organisation confère plus de responsabilité à chacun et répartit les centres de décisions.

La dématérialisation des échanges, la numérisation, facilitent ce modèle avec la « banalisation » des réunions à distance (Skype Hangout), le partage des données (OneDrive, GDrive), le travail collaboratif (Trello, GDocs). Enfin, les plateformes de MOOC offrent des séances de formations accessibles à tout moment et en tout lieu qui donne à la formation tout au long de la vie une réelle existence (pour peu que l’entreprise libère du temps à cette fin à ses collaborateurs).
L’IA permet en outre de libérer l’humain des tâches pénibles et répétitives, de prévenir les risques sur sa santé ou de lui apporter des éléments d’aide à la décision. C’est un choix managérial et de politique d’entreprise dans le cadre de la RSE que de déployer ces outils avec cet objectif.

Aucune technologie n’est diabolique en soi. Il appartient à chaque entreprise de mettre le numérique et l’IA au service du bien commun.

 

Puisque l’avenir nous appartient

L’utilisation d’outils d’IA en entreprise modifie certes radicalement les métiers, en fait disparaître, transforme les autres. Mais elle permet à l’être humain de se recentrer sur des tâches où il a une réelle valeur ajoutée.

Le législateur a introduit le droit à la déconnexion dans le code du travail. Il n’est pas interdit aux entreprises d’aller plus loin et de définir des règles d’usage, une éthique des outils numériques et de l’IA qui facilitent la vie des salariés et leur permettent de travailler dans des conditions qui développent et valorisent leur créativité.

Responsabilité sociétale, numérique et IA constituent donc un triptyque fructueux, générateur de valeur personnelle et professionnelle.

 

Article publié originalement sur usinenouvelle.com le 03 août 2019. Auteur : Laurent Cervoni.