Importance accrue des politiques de développement durable dans les stratégies, évaluation de l’impact sociétal de l’activité des entreprises, vision comptable élargie : la RSE enrichit le périmètre d’action des experts-comptables, premiers conseillers des dirigeants. Tour d’horizon de ces responsabilités nouvelles.

 

Que sera l’entreprise de demain, quel sera son rôle, comment évolueront les attentes de la société à son égard ? Changement climatique et montée en puissance des indicateurs extra-financiers aidant, les paradigmes traditionnels de l’entreprise sont remis en cause par la montée du besoin de responsabilité sociétale et environnementale. La loi Pacte, en consacrant la notion de « raison d’être », reflète et renforce cette évolution profonde et probablement irréversible. Même le dirigeant du plus important fonds de la planète, BlackRock, insiste désormais sur l’alliance intime entre Purpose et Profitet montre que performance économique et implication des entreprises sur des enjeux sociétaux majeurs (lutte contre le réchauffement climatique, inclusion sociale, égalité des sexes …) sont intimement liées1. Des enjeux qui concernent toutes les organisations, de la PME aux grands groupes.

 

Experts du durable

Alors que l’entreprise est appelée à se réinventer à la lumière de ces exigences nouvelles, il appartient aux experts-comptables d’inscrire leur action – sinon leur propre raison d’être dans ce contexte exigeant, et de repenser en conséquence leur rôle d’accompagnant des entreprises. De nouvelles missions se dessinent pour la profession, garante à sa mesure d’un monde durable où les KPI reposeront de plus en plus sur l’humain et la « soutenabilité » de l’économie.

Cet investissement n’est pas si nouveau. De longue date, les instances représentatives des experts-comptables et des commissaires aux comptes mettent à l’honneur des entreprises socialement innovantes et responsables.

Ainsi, fin 2018, pour la 18èmeannée, les Trophées RSE de la profession comptable ont distingué des entreprises qui se sont signalées par le caractère exemplaire ou pionnier de leur démarche RSE. Une façon non seulement d’encourager et de faire connaître les bonnes pratiques des entreprises, mais aussi de rappeler à la profession elle-même l’importance « d’intégrer la RSE dans ses activités de conseil auprès des entités de toute taille, afin d’accompagner les entreprises dans leurs démarches et d’œuvrer pour l’intérêt général, l’environnement et les équipes », selon le président du Conseil supérieur de l’Ordre (CSOEC), Charles-René Tandé.

François Jégard, président du comité RSE et du Club développement durable de l’Ordre des experts comptables, est pour sa part convaincu que les experts comptables ont vocation à devenir des « hubs d’information » sur la RSE, pour accompagner leurs clients, mais aussi pour mobiliser l’ensemble des parties prenantes, sur la dimension environnementale et sociétale de l’activité des entreprises.

 

La RSE, levier de croissance des PME… et des cabinets

L’excellence environnementale et RH est la meilleure amie de la performance économique. Levier de croissance des PME, la RSE constitue « une autre manière de faire du business », plaide François Jégard. Une manière économe en temps et en moyens, avec un retour sur investissement rapide. Et qui fait école, depuis les grands groupes jusqu’aux petites entités, fournisseurs et sous-traitants. D’autant qu’il s’agit là d’un bon moyen de « réorganiser les énergies collectives sur les projets d’entreprise ».

Les lanternes rouges en matière de RSE seront de plus en plus pénalisées et marginalisées. Or, s’ils sont généralement conscients de l’impérieuse nécessité de se doter d’une politique RSE allant au-delà des obligations légales, les dirigeants de TPE-PME ne savent pas toujours comment les initier et les mettre en œuvre. C’est là que l’expert-comptable a un rôle majeur à jouer.

 

Un nouveau rôle aux dimensions multiples

Et il y a de quoi faire. L’expert-comptable peut jouer un rôle de tiers indépendant, viser les attestationsaux éco-organismes, réaliser des bilans carbone (obligatoires dans les entreprises de plus de 500 salariés et fortement recommandés à partir de 250), conseiller ses clients sur des politiques d’économies d’énergie, sur l’accueil de travailleurs handicapés, sur la mixité, la gouvernance, etc.

Droit d’alerte, plan de déplacement, cartographie des risques, analyse des achats responsables, cycle de vie des produits, conseil sur les investissements verts, information sur les taxes (TGAP), etc., constituent autant d’actions qui rentrent également dans son périmètre d’intervention.

De nouvelles formes de reporting ont aussi fait leur apparition, qui dépassent le cadre comptable et financier classique. Ainsi, depuis 2017, les sociétés cotées de plus de 500 salariés présentant un bilan qui dépasse 20 millions d’euros ou un C.A. supérieur à 40 millions doivent désormais obligatoirement établir une déclaration de performance extra-financière, déclaration qui remplace le rapport RSE. Cette obligation vise également les sociétés non cotées de plus de 500 salariés qui présentent un total de bilan ou un chiffre d’affaires supérieur à 100 M€.

 

Enfin, la comptabilité offrant par nature une représentation de l’entreprise, les normes comptables elles-mêmes sont appelées à évoluer pour prendre davantage en compte l’importance de la responsabilité sociale de l’entreprise. La comptabilité environnementale devrait connaître des avancées décisives dans les années à venir. A titre d’exemple, de nombreux experts estiment que la « juste valeur » (IFRS 13) devrait prendre en considération la RSE au lieu de se cantonner à la valeur de marché en privilégiant une logique actionnariale de court terme. Autant de débats complexes et passionnés en perspective…

Les experts-comptables ont donc vocation à jouer au quotidien un rôle de plus en plus central dans les politiques responsables des entreprises et, par là même, à inscrire leurs missions de conseil et d’accompagnement dans le temps long de l’impact sociétal positif des acteurs économiques. A eux de devenir des experts durablessur lesquels compter pour consolider la responsabilité sociétale et environnementale des entreprises … sans oublier au passage la démarche RSE de leurs propres cabinets !

 

Article publié originalement sur cegid.com le 10 mai 2019. Auteur : CEGID.