Alors que les sénateurs veulent supprimer la possibilité, pour les entreprises volontaires, d’inscrire leur raison d’être dans leurs statuts, Veolia annonce qu’elle présentera la sienne à ses actionnaires en avril, lors de son assemblée générale. Une démarche qui s’intègre dans un objectif global, visant à concilier les performances économiques, financières, environnementales et sociétales.

 

« Une entreprise n’est prospère que si elle est utile. Et une entreprise utile, c’est une entreprise qui, face à la démesure des défis de l’humanité, en particulier celui du climat, ne baisse pas les bras et pense qu’il est encore possible de les relever ». C’est ce que déclarait Antoine Frérot, le PDG de Veolia, lors sa journée presse, organisée le 7 février dernier.

Une ambition que le PDG entend incarner en adoptant une raison d’être qui sera « débattue et validée par le conseil d’administration » puis « présentée aux actionnaires lors de l’assemblée générale », en avril prochain. Une initiative qu’il avait déjà annoncée lors d’un entretien à Novethic en novembre dernier.

« En partant de notre mission « Ressourcer le monde », cette raison d’être précisera en quoi et comment notre entreprise est utile à tous ceux qui contribuent directement ou indirectement à sa marche. Ce sera notre projet, notre ambition, pour que Veolia soit perçue comme utile voire indispensable par ses clients, prospère et reconnaissante pour ses actionnaires mais aussi engageante et même passionnante pour ses salariés. (…) À travers l’expression de cette raison d’être, je souhaite que Veolia apparaisse comme une entreprise inspirante », a-t-il déclaré.

 

Une boussole et une ligne d’horizon stratégique

Cette raison d’être servira surtout de « boussole et de ligne d’horizon » à la stratégie de l’entreprise. Celle-ci intégrera la lutte contre le changement climatique avec des investissements dans une dizaine de solutions de court, moyen et long termes destinées à apporter une « contribution significative » à la résolution du problème. « Les métiers de Veolia (efficacité énergétique, recyclage et valorisation des déchets, valorisation énergétique des eaux usées…) pourraient contribuer à réduire de près d’un tiers les émissions de CO2e (équivalent CO2, ndlr) en 2050 si les solutions étaient déployées sur l’ensemble de la planète », assure le groupe qui s’appuie sur une étude commandée au cabinet Roland Berger.

Ces solutions ont une maturité technologique, restent abordables et ont un fort impact en termes d’emplois et d’environnement. Mais elles ne sont pas forcément mûres commercialement ou portées par un contexte réglementaire adapté, a cependant regretté Antoine Frérot, appelant les politiques à déployer des « dispositifs incitatifs » pour assurer un passage à l’échelle.

Des politiques qui ne sont pas toujours à l’écoute si l’on se tourne vers le Sénat. Celui-ci doit voter aujourd’hui la loi Pacte, sur la croissance et la transformation des entreprises, en première lecture. Mais, plusieurs sénateurs, en majorité du groupe Les Républicains, ont voté un amendement destiné à supprimer l’article phare du volet RSE (responsabilité sociétale des entreprises) du texte. Celui-ci permettait aux entreprises volontaires d’inscrire la raison d’être dans leurs statuts mais aussi de les contraindre à prendre en compte l’impact environnemental et social de leurs activités.

 

Performance globale

Une vision à rebours de la notion de performance globale portée par Antoine Frérot pour qui « la raison d’être servira de fondement à la définition des performances de Veolia, des performances qui s’adresseront à la plupart de ses parties prenantes, économiques et financières, mais aussi environnementales, sociales et sociétales. Chaque objectif relevant d’un même degré de priorité ».

À ce stade, la façon de mesurer ces performances extra-financières n’a pas été expliquée par le PDG. Mais, selon lui, le groupe devrait annoncer des performances économiques et financières « conformes voire supérieures » à celles annoncé lors du lancement du plan stratégique 2016-2019 soit une croissance de 2 à 3 % par an à taux de change constant, une croissance de l’EBITDA (bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement) de 4 à 5% par an ainsi qu’une dette financière stable.

 

Article publié originalement sur novethic le 12 février 2019