Quelles entreprises renforceront leur démarche RSE après le choc du Coronavirus ? Celles qui la jugeront non essentielle devant l’impératif de réduction des coûts ou stratégique pour opérer les transformations nécessaires et rebondir ? L’avenir nous révélera la force de vie de la RSE à l’épreuve de la future crise économique et comment cette démarche se dessine en solution ultime de résilience pour nos entreprises, notamment les PME.

 

Drôle de printemps. A l’heure où la crise sanitaire fait des ravages sur toute la planète, en Europe, aux États-Unis, ou en Afrique qui hypothèque son avenir, jamais les élans de solidarité n’ont été aussi forts et nombreux, à l’image des multiples hommages rendus par des anonymes chaque jour (applaudissements, messages sur les réseaux sociaux, dons alimentaires ou prêt de logement, etc.) aux personnels soignants et à tous ceux qui participent à faire tourner la chaîne alimentaire jusque dans nos hypermarchés et nos commerces de proximité. Dans ce sens, le don de plantes fait par ce pépiniériste soudain privé de débouchés pour fleurir les tombes du cimetière de son village, à un moment où l’on peut difficilement enterrer nos morts. Mais de toute crise renaît l’espoir et c’est bien souvent, dans l’adversité que naissent les initiatives positives et solidaires, voire de nouvelles opportunités. Le calme après la tempête sanitaire et avant l’ouragan économique.

 

Si on ne profite pas de cette situation extraordinaire pour changer, c’est gâcher une crise majeure

 

Retour à l’essentiel 

La force du renouveau, elle se trouve d’abord dans un retour aux sources forcé mais salvateur, dans nos relations avec nos proches comme dans notre consommation de confinés. Au-delà des actes d’achat, souvent irrationnels, observés dès les premières semaines du confinement vers les produits d’urgence (conserves, produits d’hygiène, pâtes…) la période post-crise verra s’imposer un mouvement de consommation « back to the basics », avec des baisses de 30% à 50% à prévoir, selon les catégories de produits. Attention à ne pas s’y tromper. Ici, « essentiel » ne signifiera pas « basique ». Cela traduira le meilleur rapport qualité – prix -éthique du marché. Il en ira de même pour les circuits courts et autres produits ou services locaux dans la filière alimentaire. De même qu’une vraie réflexion sur la réindustrialisation de la France s’imposera (la course aux masques ou substances actives chimiques en est l’illustration) voire d’une Union Européenne plus industrielle à l’avenir et moins dépendante de l’Asie. Cela supposera également, payer le « juste prix » économique, écologique et social,  se détacher du superflu pour tendre vers une « sobriété désirable » : alors finie la course effrénée au nouvel iPhone à 900€ ou l’obsolescence programmée de la mode jetable ? La crise économique en perspective fait alors figure de « cure detox » de besoins futiles générés depuis des dizaines d’années, remettant en question l’utilité des gammes trop profondes ou des promesses marketing sans lendemain. Anticiper l’avenir en repartant sur des bases essentielles, comme dans la nature rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme.

 

Travailler autrement 

Une logique d’adaptation du travail qui s’applique aussi à l’entreprise, les grandes comme les petites. Les salariés confinés, chacun goûte aux vertus du télétravail. Enfin, ce mode de production à distance peut révéler tout son potentiel et son efficacité. Expérimenté depuis des années par les multinationales et longtemps boudé par les PME, le travail à distance, grâce aux outils IT et digitaux (cloud, Skype, partage de fichiers, etc.) désormais économiquement accessibles est l’une des clés qui perdurera post-crise, alliant performance et souplesse, fluidité des temps de vie, adaptation constante aux changements de rythmes. Le déconfinement futur sonnera-t-il enfin la fin de la réunionnite en entreprise ? Une chose est sûre, le Covid-19, nous obligeant à repenser nos organisations et nos façons de travailler, a renforcé la responsabilisation et l’autonomisation de chacun. Réapprendre à maximiser les temps de rencontre, pour y favoriser l’échange vrai, la confiance mutuelle et la convivialité en entreprise, telle est peut-être la leçon qui sera tirée de nos semaines de confinement forcé.

 

Se confiner autrement

Même constat dans nos vies privées, jusqu’alors souvent menées à 100 à l’heure, envahies par nos smartphones, nos mails, nos connections multiples puis, depuis le 17 mars dernier, redevenues moins denses, plus apaisées. En ce temps pascal, c’est presque une ode à la lenteur d’une activité économique mise en sommeil. La privation de liberté, de sorties, de réunion entre amis et tout autre exécutoire est certes frustrante. Mais elle est aussi l’occasion de se rencontrer soi-même et de se reconnecter aux siens. De prendre le temps de répondre à toutes les questions intimes restées sans réponse, faute de temps. L’on réapprend l’ennui. Comme la raison d’être fut le sujet d’actualité d’avant crise pour les entreprises, sous les projecteurs de la loi Pacte, ce confinement forcé nous donne l’opportunité d’un face-à-face avec nous-même, une occasion inespérée de réinterroger notre raison d’être individuelle : qu’est-ce qui compte vraiment pour moi ? A quoi suis-je prêt à renoncer ? Quel sens profond donner à ma vie si j’échappe au Coronavirus ? Des arbitrages qui seront inévitables en sortie de confinement car, déjà, le choc économique qui se dessine présage d’un avenir difficile. Récession économique, chômage de masse, faillites, plans de cession : les milliers de milliards injectés sur le marché monétaire annoncent les restrictions budgétaires à venir, serait-ce la fin de l’ultra-libéralisme et un retour à la planification de la nation pour protéger l’intérêt général ? Cette période de pause nous permet d’anticiper ce que nous voudrons, individuellement et collectivement, absolument conserver. Ou pas. Sur le plan social, cela s’accompagne d’une mise en lumière des inégalités qui se creusent, toujours et encore, de métiers oubliés, souvent méprisés, comme ces ouvriers agricoles qui nous manquent cruellement en pleine récolte printanière des fraises et des asperges. Cette crise du Coronavirus a fait le choix de l’Homme contre l’économie, demain il faudra en payer collectivement le prix.

 

Comme la raison d’être des entreprises fut le sujet d’actualité 2019, ce confinement forcé est l’opportunité de réinterroger notre raison d’être individuelle.

 

Évoluer pour survivre

Il n’est pas impossible, dans ce sens, que la tendance déjà marquée, ces dernières années, à la reconversion professionnelle s’intensifie. Dans un monde recentré sur des valeurs essentielles et la création de sens, certains salariés n’hésiteront plus à revoir leur trajectoire pour se livrer à des activités utiles pour la société et l’homme en particulier (en exemple, ces diplômés de grandes écoles de commerce qui réapprennent un métier manuel, de boulanger, boucher ou menuisier). Le Covid-19 nous a pris de court. Mais s’il nous a coupé le souffle, il ne nous privera pas de notre esprit. Le choc économique à venir sera une opportunité sans pareil de revoir nos modèles de production, d’achat et de consommation. Les entreprises, PME et TPE, fragilisées par la crise, qui, pour certaines parviendront à tenir le cap sans jamais se départir de leur politique RSE sortiront gagnantes de ce combat. Celles qui en ont les moyens mais choisissent de s’en détourner, auront perdu l’occasion d’évoluer. Or, Darwin l’avait écrit bien avant moi, seuls les êtres vivants et les écosystèmes capables de s’adapter survivront à l’évolution du monde. Et la RSE, par sa capacité à réconcilier les enjeux économiques, sociaux et écologiques à venir, est un vecteur de résilience. Un défi pour nos entreprises vis-à-vis de nos générations futures : en avant les « Change Makers » !

 

Le Covid-19 nous a pris de court. Mais s’il nous a coupé le souffle, il ne nous privera pas de notre esprit.